déstigmatisation
Rendez vous à la préfecture. Il y a là la secrétaire générale de la préfecture, Quelques personnes de la DDASS. De "notre" côté, 3 membres de la direction et 4 médecins. Nous sommes là pour parler des atermoiements de la préfecture à confirmer les demandes de levées d'HO et surtout de sorties d'essai d'HO.
D'emblée, l'affaire de Saint Egrève est mise en avant par la secrétaire générale de la préfecture. Un patient en HO, autorisé à sortir dans le parc malgré des antécédents d'agressions à l'arme blanche liées à son état mental, est sorti de l'établissement et a tué un étudiant dans une rue de Grenoble. Ce drame a été repris par le président de la république dans un discours prononcé à l'hôpital psychiatrique d'Antony. Ce discours s'est voulu une ode à la gloire des soignants confronté à la violence des malades mais aussi un appel à une réaction sécuritaire pour la protection de la population. Les soignants psychiatriques dans leur grande majorité ont été très choqués par ces propos et des collectifs se sont formés contre "la nuit sécuritaire".
la secrétaire générale de la préfecture explique qu'à la suite de cet événement, le préfet du département a été démis de son poste. Dans la procédure d'HO, le médecin ne donne qu'un avis. C'est le préfet qui décide et qui engage sa responsabilité. Aussi, la secrétaire générale , qui signe habituellement les arrêtés de levée d'HO et de sortie d'essai, ne veut pas prendre de risques. Des consignes, semble t il écrites mais restées secrètes jusqu'à ce jour, lui ont été données par le ministère dans ce sens.
La discussion s'engage. Quels sont les éléments permettant d'exclure tout risque de récidive d'un acte violent chez un malade qui en a déjà commis? Les médecins sont ils conscients du danger? les certificats, rédigés avec des termes techniques, sont souvent incompréhensibles. La secrétaire générale de le préfecture voudrait disposer d'assurances mentionnées en termes explicites, par exemple la certitude de la prise du traitement, des visites au domicile, des consultations fréquentes.
Comment apaiser cette anxiété? Nous expliquons qu'une sortie, quelle qu'elle soit, est un projet d'équipe, discuté et évalué en concertation tant à l'intérieur du service qu'avec les soignants du CMP. Tous les éléments, cliniques, familiaux, sociaux, sont pris en compte.
notre interlocutrice reste circonspecte. Elle voudrait des assurances fortes. je lui explique qu'une sortie d'essai est, comme son nom l'indique, la sortie d'un patient qui reste susceptible d'une rechute mais elle permet une réintégration rapide au moindre signe de rechute. Si le patient était guéri et ne présentait plus le moindre risque, nous demanderions une sortie définitive et non une sortie d'essai. J'ajoute que, si elle s'oppose trop systématiquement à nos demandes de sorties d'essai, nous demanderons plutôt des levées d'HO lorsque le patient sera stabilisé mais nous devrons alors attendre , en cas de rechute, que les conditions soient à nouveau réunies pour justifier un nouvel HO avec tous les risques que cela comporte.
je passe enfin à l'offensive. Tout d'abord, elle n'est pas la seule à endosser la responsabilité des sorties de l'hôpital. Le directeur est le premier responsable et lui aussi doit faire_ et fait_ confiance au professionnalisme des médecins.La défiance mutuelle des médecins et des administratifs ne peut que déboucher sur des effets pervers.
Mais, surtout, la défiance vis à vis des patients met en pièces tous les grands principes tant vantés de déstigmatisation des malades psychiques. Et je donne pour exemple ce patient qui veut arrêter son traitement parce qu'il ne veut pas être stigmatisé comme schizophrène.
Conclusion:
1°) L'Etat, à son plus haut niveau, veut intervenir dans la prise en charge des malades psychiques dans le sens d'une limitation de leurs libertés. Il le fait de manière clandestine.
2°) On veut appliquer aux malades psychiques le principe de précaution à savoir faire subir aux plus grand nombre les conséquences pénalisantes des actes d'une infime minorité d'entre eux, ce qui est, soit dit en passant, le principe de toute persécution collective.
3°) La lutte contre cette persécution des malades psychiques doit être intégrée au plus tôt dans la lutte plus globale pour les libertés publiques.
D'emblée, l'affaire de Saint Egrève est mise en avant par la secrétaire générale de la préfecture. Un patient en HO, autorisé à sortir dans le parc malgré des antécédents d'agressions à l'arme blanche liées à son état mental, est sorti de l'établissement et a tué un étudiant dans une rue de Grenoble. Ce drame a été repris par le président de la république dans un discours prononcé à l'hôpital psychiatrique d'Antony. Ce discours s'est voulu une ode à la gloire des soignants confronté à la violence des malades mais aussi un appel à une réaction sécuritaire pour la protection de la population. Les soignants psychiatriques dans leur grande majorité ont été très choqués par ces propos et des collectifs se sont formés contre "la nuit sécuritaire".
la secrétaire générale de la préfecture explique qu'à la suite de cet événement, le préfet du département a été démis de son poste. Dans la procédure d'HO, le médecin ne donne qu'un avis. C'est le préfet qui décide et qui engage sa responsabilité. Aussi, la secrétaire générale , qui signe habituellement les arrêtés de levée d'HO et de sortie d'essai, ne veut pas prendre de risques. Des consignes, semble t il écrites mais restées secrètes jusqu'à ce jour, lui ont été données par le ministère dans ce sens.
La discussion s'engage. Quels sont les éléments permettant d'exclure tout risque de récidive d'un acte violent chez un malade qui en a déjà commis? Les médecins sont ils conscients du danger? les certificats, rédigés avec des termes techniques, sont souvent incompréhensibles. La secrétaire générale de le préfecture voudrait disposer d'assurances mentionnées en termes explicites, par exemple la certitude de la prise du traitement, des visites au domicile, des consultations fréquentes.
Comment apaiser cette anxiété? Nous expliquons qu'une sortie, quelle qu'elle soit, est un projet d'équipe, discuté et évalué en concertation tant à l'intérieur du service qu'avec les soignants du CMP. Tous les éléments, cliniques, familiaux, sociaux, sont pris en compte.
notre interlocutrice reste circonspecte. Elle voudrait des assurances fortes. je lui explique qu'une sortie d'essai est, comme son nom l'indique, la sortie d'un patient qui reste susceptible d'une rechute mais elle permet une réintégration rapide au moindre signe de rechute. Si le patient était guéri et ne présentait plus le moindre risque, nous demanderions une sortie définitive et non une sortie d'essai. J'ajoute que, si elle s'oppose trop systématiquement à nos demandes de sorties d'essai, nous demanderons plutôt des levées d'HO lorsque le patient sera stabilisé mais nous devrons alors attendre , en cas de rechute, que les conditions soient à nouveau réunies pour justifier un nouvel HO avec tous les risques que cela comporte.
je passe enfin à l'offensive. Tout d'abord, elle n'est pas la seule à endosser la responsabilité des sorties de l'hôpital. Le directeur est le premier responsable et lui aussi doit faire_ et fait_ confiance au professionnalisme des médecins.La défiance mutuelle des médecins et des administratifs ne peut que déboucher sur des effets pervers.
Mais, surtout, la défiance vis à vis des patients met en pièces tous les grands principes tant vantés de déstigmatisation des malades psychiques. Et je donne pour exemple ce patient qui veut arrêter son traitement parce qu'il ne veut pas être stigmatisé comme schizophrène.
Conclusion:
1°) L'Etat, à son plus haut niveau, veut intervenir dans la prise en charge des malades psychiques dans le sens d'une limitation de leurs libertés. Il le fait de manière clandestine.
2°) On veut appliquer aux malades psychiques le principe de précaution à savoir faire subir aux plus grand nombre les conséquences pénalisantes des actes d'une infime minorité d'entre eux, ce qui est, soit dit en passant, le principe de toute persécution collective.
3°) La lutte contre cette persécution des malades psychiques doit être intégrée au plus tôt dans la lutte plus globale pour les libertés publiques.
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